Article 1400 du code général des impôts
Vente en cours d'année : qui paie la taxe foncière, et pourquoi ce n'est pas celui qu'on croit
Vous avez vendu en mars et vous recevez l'avis complet en septembre. Ce n'est pas une erreur : c'est la règle. Et l'accord de répartition signé chez le notaire, aussi clair soit-il, n'y change rien du point de vue de l'administration.
Une date, et une seule
C'est le propriétaire au 1er janvier qui est redevable, pour l'année entière
La taxe foncière est établie au nom de celui qui est propriétaire au 1er janvier de l'année d'imposition. Elle porte sur l'année entière et ne se fractionne pas.
Les avis n'étant adressés qu'à partir de la fin août, un vendeur reçoit donc, plusieurs mois après avoir quitté les lieux, un avis à son nom portant la totalité de la taxe. Il doit la payer en totalité : l'administration ne tient pas compte des changements de propriétaire survenus en cours d'année.
La même règle explique une situation symétrique, souvent mal vécue : un acquéreur qui achète en février ne recevra aucun avis cette année-là, et découvrira le montant réel seulement l'année suivante — sans avoir eu l'occasion de le vérifier avant.
La solution pratique
La clause de prorata : un accord entre vous, pas avec le fisc
L'usage veut que vendeur et acquéreur conviennent chez le notaire, le jour de la vente, de répartir la taxe foncière au prorata du temps de détention sur l'année. La répartition se fait sur la base du dernier avis connu, puisque celui de l'année en cours n'existe pas encore.
Un exemple de mécanique
Vente signée le 21 mai. Taxe foncière de l'année précédente : 1 500 €. Au jour de la vente, il reste 224 jours jusqu'au 31 décembre. La charge est répartie dans cette proportion : l'acquéreur rembourse au vendeur la part correspondant aux 224 jours, le vendeur conserve celle des 141 premiers jours.
Le calcul se fait donc sur un montant estimé. Si l'avis réel s'écarte sensiblement du précédent, l'écart reste à la charge de celui que l'accord désigne — vérifiez ce que dit exactement votre acte.
Le point juridique à retenir
Cet accord n'a d'effet qu'entre les parties. L'administration fiscale n'en tient pas compte : elle réclame la totalité au propriétaire du 1er janvier, et c'est à lui de se retourner vers l'autre. Si l'acquéreur ne rembourse pas, c'est un litige civil, pas un litige fiscal.
Conséquence pratique : ne comptez pas sur une clause verbale. Faites-la figurer dans l'acte, avec la base de calcul retenue et le sort d'un éventuel écart.
La clause n'est d'ailleurs pas obligatoire. Rien n'oblige un acquéreur à accepter la répartition : c'est une négociation, et elle se discute au même titre que le reste du prix.
Ce que la règle du 1er janvier implique aussi
Le droit de réclamer suit le redevable, pas l'occupant
C'est une conséquence rarement expliquée et pourtant utile. Si l'avis est établi à votre nom parce que vous étiez propriétaire au 1er janvier, c'est vous qui pouvez le contester, même si vous avez vendu depuis — et même si la charge a été refacturée à l'acquéreur.
Autrement dit : un vendeur qui découvre, sur son dernier avis, une surface erronée ou un équipement disparu, conserve le droit de réclamer jusqu'au 31 décembre de l'année suivante. Le dégrèvement obtenu lui reviendra, et il devra en tirer les conséquences vis-à-vis de l'acquéreur si un prorata a été convenu.
Symétriquement, un acquéreur qui trouve la taxe anormalement élevée ne peut rien contester au titre de l'année de la vente : il faudra attendre le premier avis établi à son nom.
Le conseil qui vaut pour les deux parties
Demandez la fiche avant de signer, pas après
Un acquéreur qui achète sur la foi du dernier avis achète un montant, pas une explication. Il ne saura pas si la valeur locative retenue est juste, ni si elle porte encore des équipements disparus depuis vingt ans. Il le découvrira l'année suivante, quand il sera trop tard pour en tenir compte dans le prix.
La fiche d'évaluation n° 6675-M est communicable gratuitement au propriétaire du bien : c'est donc au vendeur de la demander. Elle met plusieurs semaines à arriver — ce qui, dans le calendrier d'une vente, suppose de s'y prendre tôt.
Pour aller plus loin
- · usufruit, indivision, succession — les autres cas où le redevable surprend
- · locataire et TEOM — la seule ligne de l'avis qui se refacture
- · les douze points à vérifier — à faire avant de signer, pas après
Questions fréquentes
J'ai vendu ma maison en mars, pourquoi je reçois la taxe foncière ?
Parce que la taxe foncière est établie au nom du propriétaire au 1er janvier de l'année d'imposition, pour l'année entière. Les avis n'étant adressés qu'à partir de la fin août, un vendeur reçoit donc l'avis complet plusieurs mois après avoir quitté les lieux. Il doit le payer en totalité : l'administration ne tient pas compte des changements de propriétaire en cours d'année.
L'acheteur doit-il me rembourser une partie ?
Seulement si vous en êtes convenus. L'usage veut qu'une clause de répartition au prorata du temps de détention figure dans l'acte, calculée sur la base du dernier avis connu. Ce n'est pas une obligation légale mais une négociation entre les parties, et elle se discute au même titre que le prix.
Le fisc tient-il compte de l'accord signé chez le notaire ?
Non. L'accord de prorata n'a d'effet qu'entre le vendeur et l'acquéreur. L'administration réclame la totalité au propriétaire du 1er janvier, à charge pour lui de se retourner vers l'autre partie. Un défaut de remboursement est un litige civil, pas un litige fiscal.
Qui peut contester la taxe l'année de la vente ?
Celui au nom de qui l'avis est établi, c'est-à-dire le propriétaire au 1er janvier. Un vendeur conserve donc le droit de réclamer jusqu'au 31 décembre de l'année suivante, même s'il a quitté les lieux, et le dégrèvement éventuel lui revient. Un acquéreur ne peut rien contester au titre de l'année de la vente : il devra attendre le premier avis établi à son nom.
J'achète en cours d'année : quand recevrai-je mon premier avis ?
L'année suivant celle de l'acquisition, puisque la taxe est établie au nom du propriétaire au 1er janvier. Un bien acheté en février 2026 donnera lieu à un premier avis au nom de l'acquéreur à l'automne 2027.
Et en cas de vente en viager ?
Lorsque le vendeur se réserve l'usage du logement, c'est l'acheteur qui doit payer la taxe foncière chaque année. Les parties peuvent en convenir autrement entre elles, mais cette convention n'est pas opposable à l'administration.